Le Cinquième fils

Le Cinquième filsEditeur : Reines-Beaux
Traducteur : Sarah Jones
Suivi éditorial : Diana Ramos, Emmanuelle Lefray
Illustrateur : Simoné
Fait partie de la série : Roman individuel
Collection : Mirage – numéro : 2016-3005
Genre : Fantasy
Date de sortie : 13/11/2015
ISBN : 978-2-39006-065-9
Nombre de pages : 83

Version papier disponible :
publiée le 11/7/2016
ISBN : 978-2-39006-066-6
Nombre de pages : 116 pages
La version broché contient des illustrations noir et blanc exclusives de Yana Goya

 

Le Cinquième fils

 

 
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BLURB
Un prince dénué de tout pouvoir.

Dans un monde où la magie est monnaie courante, le prince Llyskel lui n’en possède aucune. Il ne peut pas jeter de sorts, n’a jamais appris à se battre, et en tant que cinquième fils du roi, il ne montera jamais sur le trône. Tout le monde croit qu’il est faible, y compris lui-même.

Mais la faiblesse n’est pas que son problème… c’est aussi son plaisir. Dans ses fantasmes les plus secrets, le prince ne rêve que d’une chose : se retrouver sans défense, à la merci d’un autre homme… plus particulièrement à la merci d’Ariv, le capitaine de la Garde.

Lorsque Ariv fait des rêves de Llyskel une réalité, le prince sans pouvoir se soumet aux désirs du soldat, et il découvre enfin sa propre force. Mais les complots de royautés étrangères se resserrent autour de Llyskel, menaçant de l’arracher à son amant, et il aura besoin de tout son courage nouvellement acquis pour s’échapper…

EXCERPT

Ça commençait avec un trait, juste un trait. Rapidement, le trait devint un coup de pinceau, une trace, une forme. Une fois que j’avais commencé ce simple trait, je ne pouvais pas m’arrêter. J’avais besoin de capturer chaque détail, chaque esquisse de mouvement – de l’arbre le plus gros à la plus petite fleur, la façon dont les feuilles bougeaient à cause du vent – tous les reflets et les ombres. Que ce soit avec un pinceau ou un crayon, sur une toile ou un bloc-notes, il fallait que je continue à dessiner, jusqu’à ce que cette première ligne devienne une œuvre complète, peu importe le temps que ça prendrait.

C’est comme ça que je me retrouvai debout, au bord d’une cascade, avec la lumière du jour qui disparaissait rapidement.

Les cloches annonçant la fin de la pause déjeuner sonnaient toujours quand j’étais arrivé à mon lieu favori, quelques heures auparavant. Les rayons du soleil frappaient la cascade pile dans le bon angle, créant un magnifique jeu d’ombres avec l’eau qui tombait dans le marais, diffusant la lumière tout autour. Je passais des heures à tenter de recréer ces ombres, l’eau étincelante et la façon dont elle bougeait. Les changements de lumière m’avaient compliqué la tâche, mais cette première image était si claire dans mon esprit que j’avais à peine besoin de lever la tête de mon œuvre. Entouré par les sons tonitruants de la cascade, l’odeur de l’eau fraîche, du parfum acidulé des buissons d’hindra, et celle sucrée des fleurs de nara, je peignis jusqu’à ce que la dernière touche de couleur soit posée et que mon œuvre soit terminée.

J’aurais dû rentrer à la maison, mais j’avais à peine fini d’emballer la peinture que les nymphes aquatiques sortirent pour jouer. Elles devaient savoir que j’étais là, mais elles s’éclaboussaient comme si j’étais absent, leur silhouette souple flottant presque à la surface. Je ne les avais jamais vues si joyeuses, et je ne pouvais pas résister à l’envie de prendre une nouvelle toile pour les peindre, perdant complètement la notion du temps.

Après un dernier regard en direction des nymphes aquatiques, je hissai mes sacs sur mes épaules et repris le chemin menant au château. Il fallait que je me dépêche. Il ferait bientôt nuit, et père serait furieux s’il découvrait que j’étais sorti sans ma garde. Encore.

Il m’avait prévenu plusieurs fois de ne pas aller trop loin et de toujours emmener Neia avec moi. Mais ce n’était pas facile de peindre avec quelqu’un qui me regardait constamment. Neia essayait de garder ses distances, mais je sentais quand même ses yeux sur moi en permanence. J’adorais être seul. Pas seul dans ma chambre. Non, seul dehors, à peindre sans être dérangé ou sans qu’on me dise de rentrer.

J’avais fait croire à Neia que je serais en ville toute la journée avec Endyrr, un de mes frères, pour voir son amant, Kalnor. Endyrr et Kalnor croyaient quant à eux que j’étais au château depuis midi, parce qu’ils m’avaient raccompagné jusqu’aux jardins. Ça avait été facile de récupérer mes sacs de peinture en cuir de leur cachette dans la haie, et de ressortir une fois que mes compagnons n’étaient plus en vue. Personne ne travaillait dans les jardins à cette heure-là, il n’y avait aucun risque d’être surpris.

Mes pas lourds paraissaient bruyants dans la forêt silencieuse, j’entendais à peine le bruit de la cascade par-dessus. Je gardais les yeux rivés sur le sol devant moi, afin d’éviter le plus possible les épines et les plantes empoisonnées, et pouvoir enjamber les souches et les racines qui se trouvaient sur mon chemin. J’aurais dû prendre le sentier : il était plus large et il comportait moins d’obstacles qui risquaient de me faire tomber avec la pénombre. Mais par ce chemin j’atteindrais le château beaucoup plus vite, et avec un peu de chance avant que quiconque ne réalise que je n’étais pas là où ils le croyaient. Des feuilles bougèrent derrière moi et je me figeai. J’espérai que c’était un des chats du château qui chassait et non un sanglier qui venait de repérer son dîner, mais je changeai quand même ma prise sur le sac contenant mes peintures et ma palette. Il était sûrement assez lourd pour frapper un sanglier. Pas que ce soit mon intention – on m’avait dit de rester aussi immobile que possible en présence de sangliers – mais s’il venait vers moi, je devrais me défendre. Je n’avais aucune chance d’en battre un de vitesse.

Une brindille craqua, devant moi cette fois, et je fermai les yeux.

— Ne bougez pas.

Je soupirai en reconnaissant la voix basse et grave du capitaine Ariv, partagé entre le soulagement à l’idée qu’un des hommes de père soit là pour me sauver d’un sanglier et l’agacement d’avoir été attrapé en dehors du domaine.

Quelque chose de brillant attira mon regard, mais avant que je ne puisse réagir, j’entendis le son familier d’un tir, et ce qui était derrière moi s’effondra avec un faible gémissement. Le sol trembla sous mes pieds, mais quand je me retournai, je ne vis rien. La bête était probablement cachée par les buissons d’hindra.

— Venez. Ce sanglier va rester inconscient le temps qu’on s’en aille.

Je fis face au capitaine, et me retrouvai avec son arme pointée sur moi. Non, pas sur moi, sur le sanglier, mais ça n’avait aucune importance. L’arme était pile dans ma ligne de mire, comme dans mes fantasmes. Son cuivre brillait avec le moindre rayon de lumière persistant et je frissonnai en sentant un relent de magie au milieu de l’odeur acidulée des buissons d’hindra.

La main tenant l’arme était large et forte, parfaite pour s’enrouler autour de la crosse. J’avais douloureusement conscience de la présence du capitaine, et je ravalai le gémissement qui menaçait de m’échapper tout en résistant au besoin de rajuster mon pantalon qui était heureusement couvert par ma large tunique. À la place, j’essayai de respirer profondément, mais ça ressemblait plutôt à des halètements et ça n’empêcha pas mon corps de réagir comme s’il répondait aux caresses d’un amant. Je voulus détourner mon regard mais j’en fus incapable. Je mourais d’envie de sentir les effets d’un sortilège de pétrification, je voulais voir cette main presser la détente et…

Je me mordis la lèvre pour m’empêcher d’émettre un son, et je posai mon sac devant moi en espérant que le capitaine Ariv n’avait pas remarqué ma réaction. Il fallait que je détourne mon regard, que je m’éloigne, mais je n’arrivais pas à m’y résoudre. J’étais figé. À nouveau. Seulement cette fois, cela n’était pas dû à la peur.

Quand le capitaine Ariv baissa enfin son arme, ma tête mima son geste, mes yeux suivant sa descente jusqu’à ce qu’elle disparaisse derrière son dos. Je soupirai.

— Votre Majesté ? Qu’est-ce que vous faites là ?

Je me forçai à relever les yeux vers lui, lui montrai mon sac et esquissai un sourire.

Le capitaine Ariv fronça les sourcils.

— Vous n’êtes pas censé…

— Sortir du domaine tout seul. Je sais, l’interrompis-je, ignorant le léger tremblement dans ma voix. J’ai perdu la notion du temps.

— Et Neia ?

Aïe. On y était. Toute l’histoire de ma vie. Le cinquième fils du roi d’Eizyrr, celui qui n’avait pas de pouvoir et qui avait besoin d’être constamment surveillé, celui qui ne pourrait jamais se battre pour son royaume. Je serais sans aucun doute le sujet de conversation des gardes le lendemain. « De nouveau surpris hors du château, » diraient-ils « tout seul, sans sa garde, récupéré comme un chiot têtu. » Je me retins de serrer les poings autour de mon sac. Je n’étais plus un jouvenceau.

— Pensez-vous pouvoir me ramener à mes quartiers, capitaine ? demandai-je avec tout le calme dont j’étais capable.

Pendant un moment, il se contenta de me fixer en plissant les yeux, comme s’il essayait de lire en moi. Puis il sourit largement et je me demandai s’il ne préparait pas quelque chose.

— Bien sûr, Votre Majesté. J’imagine que vous ne voulez pas que le roi soit au courant ?

Je doutais que ce soit possible, mais j’acquiesçai tout de même d’un signe de tête.

— Très bien, Votre Majesté. Laissez-moi porter cela pour vous, et je vous aiderai à éviter les gardes.

Je faillis refuser, mais s’il voulait porter mes sacs à ma place, pourquoi pas. Il sembla surpris par leur poids en les prenant, mais les hissa tous les deux sur son épaule sans effort et fit demi-tour, s’attendant clairement à ce que je le suive. Allait-il vraiment m’aider à éviter les gardes ? Probablement pas, mais c’était agréable de penser le contraire.

Je regardai derrière moi et songeai aux nymphes aquatiques. J’espérai ne pas être puni trop longtemps

 

The Fifth Son © 2011 Blaine D. Arden. All rights reserved

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